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Un conte de Noël (film, 2008)

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Un conte de Noël
Roubaix !
Description de cette image, également commentée ci-après
Maison bourgeoise typique de Roubaix dans laquelle se déroule le film.
Réalisation Arnaud Desplechin
Scénario Arnaud Desplechin
Emmanuel Bourdieu
Musique Grégoire Hetzel
Acteurs principaux Catherine Deneuve
Jean-Paul Roussillon
Mathieu Amalric
Anne Consigny
Emmanuelle Devos
Melvil Poupaud
Chiara Mastroianni
Sociétés de production Why Not Productions
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Drame
Durée 144 minutes
Sortie 2008

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Un conte de Noël, sous-titré Roubaix !, est un film de Noël français d'Arnaud Desplechin sorti en 2008.

Tourné à Roubaix, il a été présenté en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2008.

Abel et Junon Vuillard forment un vieux couple très uni et encore amoureux malgré les épreuves de la vie. À la suite d'un malaise de Junon, les médecins lui diagnostiquent un syndrome myélodysplasique présentant un très mauvais pronostic, qui nécessite au plus vite une greffe de moelle osseuse. Leur premier enfant, Joseph, est mort très jeune à la fin des années 1960 d'un lymphome de Burkitt sans qu'aucun traitement n'ait pu alors être entrepris, et ce, malgré la tentative d'avoir un troisième enfant, Henri, mis dans la situation de bébé-médicament avant l'heure, permettant de trouver un donneur compatible puisque leur fille Élizabeth ne l'était pas. Après le décès de Joseph à six ans, le couple s'est toutefois retrouvé, réussissant à restaurer un équilibre brisé par la perte de l'aîné, et à faire un dernier enfant, Ivan, le benjamin qui fut un peu fantasque durant l'adolescence. Seule Élizabeth est restée inconsolable de la perte de son frère aîné et inconsciemment haineuse vis-à-vis d'Henri qui n'a pu le sauver.

Devenu adulte, Henri, à la suite de diverses dettes contractées pour la gestion désastreuse de son théâtre, s'est retrouvé cinq ans auparavant jugé pour faillite et escroquerie devant un tribunal de commerce. Totalement insolvable, il risquait la prison, à laquelle il a échappé après un mois et demi de peine préventive, grâce à Élizabeth qui a payé ses dettes en échange d'un bannissement familial : Henri ne doit plus avoir aucun contact avec les autres membres. La famille dans son ensemble a accepté le chantage pour éviter la prison à Henri, qui est devenu un paria à la dérive.

Junon et Abel calculent les différentes possibilités pour trouver un donneur et les probabilités de survie en fonction de l'acceptation ou non de cette greffe. Ils se résolvent finalement à ce que chacun des Vuillard fasse un test de compatibilité de moelle pour tenter de sauver Junon, dont les chances de rémission demeurent cependant faibles et hasardeuses. Paul, le fils d’Élizabeth et de Claude, un brillant mathématicien lauréat de la médaille Fields, est le seul compatible, mais, tout comme son plus jeune oncle avant lui, présente à l'adolescence de graves troubles du comportement nécessitant un suivi psychiatrique. Henri, le banni, finit lui aussi par faire ce test et se révèle compatible. Une réunion de famille à Roubaix pour Noël regroupe tous les Vuillard, y compris Henri à la requête de Paul, ce que ne peut refuser Élizabeth en cette circonstance très particulière. Ivan est là, avec les deux jeunes enfants qu'il a eus de Sylvia, ainsi que Simon, le cousin orphelin depuis l'enfance devenu de fait le quatrième Vuillard. La veille de Noël, Henri débarque finalement avec son amie Faunia, apportant avec lui tout le poids des tensions familiales, non-dits, et jalousies larvées.

Fiche technique

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Distribution

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Musique du film et bande originale

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Un conte de Noëi
Bande originale de Grégoire Hetzel
Sortie
Durée 65 minutes
Genre Compilation
Label Naïve Records

Tout comme pour Rois et Reine, Arnaud Desplechin demande à Grégoire Hetzel de composer la musique originale de son film. La bande musicale relève principalement du répertoire de la musique classique — essentiellement Le Songe d'une nuit d'été qui illustre plusieurs scènes et auquel répond la dernière réplique shakespearienne d'Élizabeth citant l'épilogue de Puck — contrastant entre musiques aux tonalités légères et carillonnantes et des compositions plus sombres et inquiétantes basées sur les sections cordes ou vent, mais utilise également des titres de Rn'B des années 1970, et un thème basé sur une musique folklorique irlandaise.

Citations littéraires et philosophiques

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Image
Tombe de Ralph Waldo Emerson au Cimetière de Sleepy Hollow à Concord (Massachusetts).

Arnaud Desplechin s'inspire pour son film de La Greffe : entre biologie et psychanalyse[1] de Jacques Ascher et Jean-Pierre Jouet (qui tient le rôle du président du comité des experts dans la scène où la faisabilité du don par Paul est analysée) et des travaux[2] consacrés par Stanley Cavell à Ralph Waldo Emerson dont Abel offre au soir de Noël à Junon le Journal[3] et auquel se réfère la scène introductive jouée par Abel dans le cimetière de Roubaix[4],[5].

La scène des probabilités est introduite par un plan fixe sur la couverture de l'ouvrage de Laurent Thirouin Le hasard et les règles[6], préludant aux explications de Claude qui se concluent par cette réplique adressée à Junon : « […] la partie est en jeu. Que vous le vouliez ou non. De toute façon, vous allez vous soigner, ou non. Mourir ou non. Donc, vous êtes en train de jouer […] Je sais que vous ne voulez pas jouer… Mais la seule liberté qui vous reste, c'est la mise », scène à laquelle répond celle de l'hôpital où Henri lance une pièce en l'air et refuse de révéler à Junon sur quelle face elle est retombée[4].

Le générique du film cite Les Errances de Sweeney[7] du poète irlandais Seamus Heaney, adaptation du récit Buile Shuibhne contant l'histoire d'un roi païen, indiscipliné et colérique, banni par un saint, trouvant finalement le salut. L'histoire fait écho à celle d'Henri le paria banni par la parfaite Élizabeth mais seul donneur susceptible de sauver possiblement Junon.

Également citée au générique, la Généalogie de la morale de Friedrich Nietzsche, intervient dans le film lorsqu'Abel tente d'apporter une réponse au désarroi d'Élizabeth. Après avoir répondu : « Ton frère » sans préciser s'il s'agit de Joseph ou d'Henri à la question d'Élizabeth : « C'est une vraie question qu'est-ce que j'ai perdu », Abel sort de sa bibliothèque son exemplaire annoté de la Généalogie et lit à sa fille un long passage de l'avant-propos : « Nous, chercheurs de la connaissance, nous sommes pour nous-mêmes des inconnus […] À notre propre égard nous ne sommes pas des « chercheurs de connaissance » »[4],[5].

Récompenses

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Image
Arnaud Desplechin recevant l'Étoile d'or du meilleur réalisateur 2009.

Bien que le film n'ait pas reçu de récompense lors du Festival de Cannes 2008Un conte de Noël est le quatrième film du réalisateur dans la Sélection officielle pour la Palme d'or —, Catherine Deneuve obtient un prix spécial du 61e Festival de Cannes[8] pour l'ensemble de sa carrière (conjointement avec Clint Eastwood) ; elle remercie alors spécifiquement Arnaud Desplechin[9] et salue ses partenaires dans Un conte de Noël, en particulier Mathieu Amalric et Jean-Paul Roussillon. Ce prix a été perçu par une partie des critiques cinéma comme une sorte de compensation à l'absence du film dans le palmarès final[10],[11],[9].

Nominations

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Réception critique et publique

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Un conte de Noël a réalisé 548 033 entrées en France au cours de son exploitation en salles et un total de 674 406 spectateurs dans l'Union européenne, dont notamment 34 414 entrées en Italie, 22 728 en Espagne, et 13 212 en Suisse[12], ce qui a constitué un très bon succès auprès du public pour un film d'auteur. Les résultats d'exploitation du film aux États-Unis, qui fut projeté initialement sur sept puis trente-six écrans au niveau national (avec un pic fin décembre de 47-48 écrans), durant la période allant de mi- à fin , sont d'un total de recettes de 1 060 602 $ aux États-Unis mais aussi de 1 898 990 $CAD au Canada[13], ce qui constitue le meilleur succès, à ce jour, du réalisateur sur le continent nord-américain.

Globalement le film obtient dans les agrégateurs de critiques cinématographiques anglophones, 87 % de jugements favorables, avec un score moyen de 7,510 sur la base de 114 critiques collectées sur le site Rotten Tomatoes[14]. Sur le site Metacritic, il obtient un score de 84100, sur la base de 32 critiques collectées[15].

Diffusion à la télévision

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Le film est diffusé pour la première fois à la télévision, en clair, le sur Arte en première partie de soirée et réunit 622 000 spectateurs soit 2,8 % de part d'audience selon Médiamétrie[16].

Adaptation théâtrale

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Le film a été adapté sur scène par la metteuse en scène Julie Deliquet au théâtre de l'Odéon en avec le collectif In Vitro puis jouée en tournée en France la même année[17]. Arnaud Desplechin déclare à propos de cette adaptation qu'elle est très « tchekhovienne, dans le sens où l’on ne sait jamais si c’est horriblement drôle ou horriblement triste, et ce sentiment vous arrive doucement. Il y a une quantité de drôlerie et de monstruosité[17] ».

Autour du film

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Probabilités

Dans la « scène du tableau noir », Abel Vuillard tente de modéliser par les probabilités mathématiques l'impact qu'aurait la décision de sa femme Junon de se soigner ou non sur son espérance de vie. Leur gendre, Claude Dédalus, mari d'Élizabeth et lauréat de la médaille Fields, complète le raisonnement d'Abel sur un modèle différent (« continu » versus « discret »). La scène a été conçue avec le soutien scientifique de Cédric Villani et Wendelin Werner. L'Institut de recherche sur l'enseignement des mathématiques à tiré de l'analyse de la scène un travail permettant de réinvestir les connaissances acquises en première et terminale scientifique[18],[19].

Notes et références

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  1. Jacques Ascher et Jean-Pierre Jouet, La Greffe : entre biologie et psychanalyse, Paris, Presses universitaires de France (ISBN 2-13-052244-0, BNF 39265139)
  2. Stanley Cavell (trad. Sandra Laugier-Rabaté), Une nouvelle Amérique encore inapprochable : de Wittgenstein à Emerson, Combas, Éditions de l'éclat, coll. « Tiré à part », , 125 p. (ISBN 2-905372-56-7, BNF 35502349)
  3. Ralph Waldo Emerson, Emerson in his journals, Cambridge, Londres, Belknap press, , 588 p. (ISBN 0-674-24861-9, BNF 37376717)
  4. 1 2 3 Laurent Susini (en), « Greffes pascaliennes dans Un conte de Noël d'Arnaud Desplechin », sur journals.openedition.org (consulté le )
  5. 1 2 Élise Domenach, « Un conte de Noël. La nouvelle Arcadie d'Arnaud Desplechin », Esprit, (DOI 10.3917/espri.0808.0191, JSTOR 24267049, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le )
  6. Laurent Thirouin, Le hasard et les règles : le modèle du jeu dans la pensée de Pascal, Paris, J. Vrin, coll. « Bibliothèque d'histoire de la philosophie », , 222 p. (ISBN 2-7116-1054-3, BNF 35479673)
  7. Seamus Heaney (trad. Bernard Hoepffner, postface Theo Dorgan), Les Errances de Sweeney Sweeney Astray (en) »], Nantes, Le Passeur, coll. « Bibliothèque de l'arc atlantique », , 123 p. (ISBN 2-907913-22-0, BNF 37483844)
  8. Un conte de Noël sur le site du Festival de Cannes.
  9. 1 2 Louis Guichard et Laurent Rigoulet, « James Gray et Arnaud Desplechin, les deux perdants magnifiques », Télérama no 3305, 18 mai 2013.
  10. « Sean Penn, le cinéma français te remercie », Télérama, 25 mai 2008.
  11. Émission Le Masque et la Plume du 25 mai 2008 sur France Inter.
  12. Un conte de Noël sur la base de données Lumière.
  13. (en) Un conte de Noël sur le site IMDb.
  14. (en) Un conte de Noël sur le site Rotten Tomatoes.
  15. (en) Un conte de Noël sur le site Metacritic.
  16. « Audiences : TF1 forte, la TNT faible » sur tvmag.com, 12 septembre 2013.
  17. 1 2 Ève Beauvallet, « Julie Deniquet et Arnaud Desplechin : “Comme une passation d'artiste à artiste” », Libération, 17 janvier 2020.
  18. « Julie Deliquet : « Je ne voulais pas rivaliser avec Un conte de Noël, mais le retraverser par le prisme du théâtre » », sur Centre national de la cinématographie,
  19. Alban Regnaul, « Du discret au continu : « Un conte de Noël » d'Arnaud Desplechin : Analyse de la « scène du tableau noir » », Repères IREM, no 114, , p. 1-14 (lire en ligne [PDF], consulté le )

Liens externes

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